Sélection des meilleurs livres – mars 2012 : Ariane Warlin, Blanche Segrestin et Armand Hatchuel, Miguel Benasayag et Angélique del Rey, Roger Bruyeron et Gilles-William Goldnadel

Une sélection partielle et partiale de La Tribune

Au menu de la Tribune ce mois-ci : la face cachée du Louvre « dévoilée » par Ariane Warlin, la nouvelle entreprise imaginée par Blanche Segrestin et Armand Hatchuel, l’éloge du conflit de Miguel Benasayag et Angélique del Rey, Faut-il aller vivre dans les bois ? Une lettre de J.-J. Rousseau à M. Philopolis présenté et annoté par Roger Bruyeron ainsi que la charge anti-Stéphane Hessel de Gilles-William Goldnadel.

La Face cachée du Louvre – Ariane Warlin

Première impression : intéressant d’en savoir plus sur les coulisses d’un grand musée Deuxième impression : aucune révélation mais un livre instructif quand même

De quoi ça parle : du musée le plus visité du monde, une institution paradoxale, moins autonome qu’on ne le pense et plus puissante qu’on ne l’imagine, un grand établissement à la fois assujetti à la  politique étrangère de la France et émancipé de son autorité de tutelle, le ministère de la culture.

Pourquoi le lire : sans être scandaleuse, ni même forcément dissimulée, la face méconnue – plutôt que cachée – du Louvre est en fait caractéristique de la mutation des plus grands musées du monde. Pour pallier à la baisse des fonds publics (qui ne représentent plus que la moitié de son budget) et continuer d’acquérir des oeuvres de plus en plus chères, Le Louvre doit trouver d’autres sources de revenus en recourant aux recettes éprouvées du marketing culturel : opérations de partenariats avec des villes et des pays étrangers (Atlanta et Abu Dhabi), ventes d’expositions clé en main, mécénat d’entreprise, ouvertures de boutiques (dans la galerie du Caroussel)… Dommage que l’auteur n’examine pas de façon plus systématique la gestion du musée et se perde dans une critique très personnelle du patron du grand Louvre. Tout en gagnant à peu de frais le statut d’enquête qui dérange le pouvoir d’un homme, le livre y perd une partie de sa cohérence et de sa crédibilité.

En savoir plus avec la critique des Journal des Arts qui exécute le livre en deux phrases.

> Commander ce livre sur michalon.fr

Refonder l’entreprise – Blanche Segrestin et Armand Hatchuel

Première impression : un sujet rarement traité Deuxième impression : des idées qui donnent à réfléchir

De quoi ça parle : de la réduction de l’entreprise à la recherche du profit à court terme exigée par les actionnaires. Pour les auteurs qui y voient un des principaux facteurs de la crise actuelle, la refondation de l’entreprise en tant que lieu de solidarité et d’innovation n’est pas seulement une obligation morale mais aussi une solution pour donner une nouvelle stabilité à l’économie mondiale.

Pourquoi le lire : la proposition de Blanche Segrestin et Armand Hatchuel pour refonder l’entreprise et plus largement l’économie repose sur une conviction : la recherche du profit ne peut durablement créer de la valeur si elle constitue le seul objectif d’une société. Pure utopie ? Pas forcément. Depuis le 1er janvier 2012, le droit californien propose deux nouvelles formes juridiques de sociétés – la flexible purpose corporation et la benefit corporation – intégrant à l’objet social de l’entreprise des objectifs relatifs à l’intérêt général (protection de l’environnement, promotion des arts, de la science, par exemple) ou à l’intérêt des salariés, des fournisseurs, des clients, etc.  

En savoir plus avec la critique de sudinnove : Friedman m’a tuer et un article passionnant de Miriam Miriam Vers la société-association ?

> Commander ce livre sur repid.com

Eloge du conflit – Miguel Benasayag et Angélique del Rey

Première impression : une invitation au grand retour de la lutte finale ? Deuxième impression : non. C’est beaucoup plus fin

De quoi ça parle : de la recherche généralisée du consensus, de la tolérance de plus en plus faible à la confrontation et des effets paradoxaux de cette tendance qui, en niant les divergences et les oppositions, favorise un retour du refoulé par la violence.

Pourquoi le lire : ancien combattant de la guérilla guévariste en Argentine, Miguel Benasayag poursuit sa réflexion sur l’utilité de la « lutte des classes » tout en tirant les enseignements des échecs et des errements du communisme. Au-delà de toute considération idéologique, le principal mérite des auteurs est de montrer le danger paradoxal d’une société totalement pacifiée où l’expression des différences finirait par être vécue comme une provocation et une atteinte au « vivre ensemble ». 

En savoir plus avec la critique de liensocial.com

> Commander ce livre sur laprocure.com

Faut-il aller vivre dans les bois ? Lettre de J.-J. Rousseau à M. Philopolis – Présenté et annoté par Roger Bruyeron

Première impression : Rousseau caricaturé, critiqué, détesté Seconde impression : Rousseau disséqué, admiré, adulé

En résumé :  Quelques semaines après la parution du Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, un certain Philopolis se livre à une critique en règle des thèses de Rousseau dont il entend ridiculiser le simplisme et souligner les contradictions.

Pourquoi le lire

En savoir plus : l’enquête ipsos sur la perception de Rousseau et Hobbes et ”Rousseau, visionnaire tourmentépar Juliette Galeazzi

> commander ce livre sur librairiedialogues.fr

Le vieil homme m’indigne – Gilles-William Goldnadel

Notre première impression : mais qui est assez fou pour s’attaquer frontalement à Stéphane Hessel ? Notre deuxième impression : et pourquoi ?

De quoi ça parle : alors que « Indignez-vous! » de Stéphane Essel est devenu un best seller mondial (plus d’un million d’exemplaire vendus), Gilles-William Goldnadel attaque les (im)postures de son auteur mais aussi ceux qui ont favorisé le succès de cet ouvrage.

Pourquoi il faut le lire : même si Gilles-William Goldnadel n’est pas toujours de bonne foi, son réquisitoire présente le mérite de faire entendre une voix dissonante dans le concert de louanges dont le livre de Stéphane Essel est aujourd’hui l’objet. Après quelques autres, l’avocat de Patrick Buisson souligne le caractère partial et donc intrinsèquement injuste de l’indignation vis-à-vis des maux qu’elle relativise en creux. Ne serait-ce que pour cette raison l’opuscule de  Gilles-William Goldnadel mérite d’être lu.

Lire la tribune de Rue89

> Commander ce livre sur le site de fnac.com

A signaler aussi : France Culture papiers – n°1 (une idée originale – reprendre les meilleurs moments de la radio – pour un résultat au final très décevant – ce qui passe bien à l’oral semble très plat à l’écrit); Le sel de la vie, une liste à la prévert de tout ce qui fait le sel de la vie de l’anthropologue Françoise Héritier (l’exercice d’abord amusant se révèle très vite fastidieux et éprouvant).

Franck Gintrand

> La sélection des meileurs livres et revues de l’année 2012

 

Publicités