Sélection des meilleurs livres – avril 2012 : Thierry Ardisson, Christian Delporte, Slavoj Zizek, Alain Caillé et Walter Benjamin

Une sélection partielle et partiale d’essais

Au menu de la Tribune ce mois-ci : Tout le monde en a parlé et puis la lumière s’est éteinte. Thierry Ardisson revient sur ces stars victimes de l’oubli. Christian Delporte retrace l’histoire des grands débats politiques qui ont marqué la mémoire collective. Slavoj Zizek questionne la violence contemporaine dans un nouveau livre aussi brillant et irritant que les précédants quand Alain Caillé s’interroge, lui, sur L’idée même de richesse. Enfin, cette sélection serait incomplète si nous ne parlions pas du dernier livre de Lionel Richard qui se donne pour objectif de Comprendre l’expressionnisme.

Tout le monde en a parlé – Thierry Ardisson (sous la direction de)

Première impression : mais qui sont ces célébrités oubliées ? Deuxième impression : c’est vrai ça, que sont-ils devenus ?

De quoi ça cause : du regard que des ex-célébrités jettent sur leur succès passé et sur les raisons de la désaffection dont elles ont été victimes. Aucune trace curieusement de la télé réalité mais beaucoup d’anciennes stars de la chanson (Plastic Bertrand, Capdevielle, Patrick Hernandez, Eric Morena…) et encore plus du petit écran (Pierrette Brès, Collaro, Roucas, Séverine Ferrer, Majax, Alex Taylor…)

Pourquoi le lire : à défaut de donner les clés du succès, le livre permet de mieux comprendre les raisons pour lesquelles la lumière peut s’éteindre brutalement.  Bien sûr il y a ceux et celles, sans véritable talent, dont le nom reste attaché à une seule émission (comme Pascal Brunner ou Pierrette Brès), à un seul méga tube (Caroline Loeb et Patrick Hernandez, par exemple) ou à un seul rôle (Douchka pour Disney). Mais il y a aussi tous les autres. Ceux, nombreux qui, galvanisés par le succès, fragilisés par le surmenage, victimes du syndrome de la grosse tête (un peu vide), font une sortie de route : Corti se retrouve en prison, Sonia Dubois et Sophie Favier se fachent avec leur producteur, Jean-Luc Lahaye ou Sandrine Ferrer avec leur patron de chaîne. Des célébrités (parfois les mêmes) sont victimes de la mode. Collaro, Roucas, Sidney, Eric Galliano qui ont incarné une époque, deviennent « has been » quasiment du jour au lendemain. Confrontés à cette dure réalité, certains choisissent de partir. D’autres se font virés. Sont-ils les plus à plaindre ?  Après tout, des célébrités comme Gérard Menez ou Hervé Villard ont disparu, sans avoir jamais été vraiment à la mode…

En savoir plus avec l’interview de Thierry Ardisson par les chroniqueuses de Tout le monde en parle sur France 2

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Violence. La violence n’est pas un accident de nos systèmes. Elle en est la fondation – Slavoj Zizek

Première impression : au moins le titre est clair Deuxième impression : Passionnant. Comme d’habitude 

De quoi ça cause : des raisons de la violence. Cette violence que les nazis ont exercé à l’encontre des Juifs et celle qui oppose aujourd’hui le monde musulman au monde occidental, le 11 novembre, en Palestine, à l’occasion de la publication des caricatures de Mahomet… Pour Zizeck, cette violence n’est pas une aberration mais la conséquence directe de l’économie de marché (le « capitalisme ») devenue, depuis la chute du mur, une idéologie totalitaire niant la nécessité (et l’existence) du conflit social et politique.

Pourquoi le lire : impossible d’ignorer l’oeuvre de Zizek, majeure, complexe, sinueuse, souvent paradoxale, parfois contradictoire, voire inquiétante. On peut être ou fasciné, ou irrité. Ou les deux. Violence n’échappe pas à la règle mais sa démonstration ne fait que dénoncer une nouvelle fois la dépolitisation de la politique. Une pensée anti-bobo. Anti-communication. En un mot : anti-bisounours.

En savoir plus sur Zizek sur Chronicart.com : L’intolérance salvatrice

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L’idée même de richesse – Alain Caillé

Première impression : la dimension subjective de l’inégalité Deuxième impression : un livre utile

De quoi ça cause : de la richesse qui ne se limite pas à l’argent et au mesurable mais qui, pour Alain Caillé tend, au contraire, du côté de la gratuite et de l’inestimable.

Pourquoi le lire : enfin un livre qui ne parle ni des indicateurs alternatifs au PIB (à base de critères sociaux et environnementaux), ni du partage des richesses (un sujet déjà largement traité), mais de l’idée même de richesse. Pour l’auteur, la richesse, loin de se limiter à l’argent, désigne tout « ce qui augmente notre pouvoir d’agir ». Mais, paradoxalement, son moteur repose moins sur un désir d’accaparement que sur l’envie de donner davantage que ce que l’on reçoit (en l’occurence une rémunération). Et Alain Caillé de rappeler une évidence que les gourous du management ne cessent de redécouvrir : « il ne peut y avoir de surplus que comme résultat émergent d’une gratuité (…) Même si les motivations de départ sont utilitaristes, elles ne produisent de résultats qu’en devenant peu à peu et peu ou prou anti-utilitaristes ». A méditer.

En savoir plus avec la critique de lectures.revues.org

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Les grands débats politiques – Présentés par Christian Delporte

Première impression : le livre comble un manque Deuxième impression : le double titre pose à lui seul la problématique : ces débats sont-ils, ou non, décisifs ?

De quoi ça cause : à la veille de l’élection présidentielle, le livre fait un retour sur les tribuns, les grands thèmes comme les petites phrases qui ont marqué les débats télévisés de la vie politique (et pas seulement présidentielle) de la Ve république.

Pourquoi le lire : « Vous n’avez pas le monopole du coeur ! « , « Vous êtes devenu l’homme du passif », « Dans les yeux, je le conteste »… Les débats politiques marquent l’imaginaire, à défaut de faire basculer les votes.

En savoir plus avec l’analyse de la prestation du président-candidat sur France 2 dans « Des paroles et des actes »

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Comprendre l’Expressionnisme – Lionel Richard

Première impression : un petit livre sur un grand mouvement Deuxième impression : un sujet rarement traité en France

De quoi ça cause : Lionel Richard, spécialiste internationalement reconnu de l’Allemagne nazie et de l’Expressionnisme, dégage les caractères essentiels d’une esthétique de rupture qui n’en finit pas de fasciner.

Pourquoi le lire : si l’impressionnisme est incontestablement français, l’expressionnisme est, lui, spécifiquement germanique. Fortement inspiré par van Gogh, ce mouvement est le premier d’avant garde. L’objectif n’est plus de représenter le monde et encore moins de le représenter de façon ressemblante. L’expressionnisme revendique la suprématie de la subjectivité de l’artiste, de sa perception, de ses angoisses, de ses fantasmes. Et si l’homme barbare était meilleur que l’homme civilisé ? se demandent de façon prémonitoire les expressionnistes à la veille de la guerre de 14. Un seul regret (mais de taille) : en dépit de son titre, le livre ne nous éclaire pas forcément ce qui fédère des discipline aussi différentes que la peinture, l’architecture ou la danse au sein d’un même mouvement…

En savoir plus avec l’Encyclopédie de l’expressionnisme du même auteur

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On peut en revanche s’abstenir de lire : Tenez enfin vos promesses ! – Roland Cayrol (le livre sous-titré en toute modestie « Essai sur les pathologies politiques françaises » oscille entre quelques remarques pertinentes et le café du commerce); L’empire de la valeur – André Orléan (le genre de livre qu’on referme en se disant : et donc ? Quand une montagne d’intelligence accouche d’une souris).

Franck Gintrand

> La sélection des meileurs livres et revues de l’année 2012

 

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