Sélection des meilleurs livres – juillet 2012 : André Guigot, David McCandless, Roselyne Bachelot, Christophe Guilluy et Colin Bruce

Une sélection partielle et partiale

> Tous les meilleurs livres de l’année 2012

Au menu de la Tribune ce mois-ci : mille et une informations essentielles et dérisoires à comprendre en un coup d’oeil avec la première édition de Datavision de David McCandless, un livre où la forme importe autant que le fond. André Guigot procède, lui, à l’inventaire des intellectuels qui comptent aujourd’hui dans Qui pense quoi ? Un livre plein de découvertes. Avec quelques oublis volontaires aussi. Dans un autre registre, on ne manquera pas A feu et à sang, le récit de la dernière campagne présidentielle par l’ex-ministre des affaires sociales et de la santé, Roselyne Bachelot qui, pour les uns, se livre à un salutaire examen de conscience, et pour les autres règle ses comptes. Car les temps sont durs et pas seulement pour les perdants en politique. Dans  Fractures françaises de Christophe Guilluy dénonce l’éviction des classes populaires par les politiques et les médias. On en a beaucoup parlé, surtout avant l’élection présidentielle. En le lisant, on comprend pourquoi Nicolas Sarkozy aurait pu trouver en Christophe Guilluy son Emmanuel Todd. Quant à ceux qui sont fachés avec les statistiques, les probabilités et tout ce qui est rigoureusement carré, nous ne saurions trop conseiller la lecture de Colin Bruce : Elémentaire mon cher Watson !  Un vrai livre de vacances : instructif et distrayant.

Datavision – David McCandless

Première impression : un ovni Seconde impression : un livre ludique qui se parcourt plus qu’il ne se lit

En résumé : Datavision est un abrégé de culture générale, sous forme de statistiques, de pictos et de graphiques. Que ce soit pour imager la lutte contre la pauvreté, les différences entre la droite et la gauche, la filiation entre des mouvements musicaux, les problèmes environnementaux, David McCandless souhaite proposer « une nouvelle science visuelle de l’information, innovante et non dénuée d’humour, qui permet de comprendre, hiérarchiser et mémoriser des données complexes en un clin d’œil ». Objectif atteint ? En grande partie.

L’intérêt : partant du principe qu’un bon dessin vaut parfois mieux qu’un long discours, Datavision balance les graphiques classiques par dessus bord et innove radicalement en matière de visualisation des données. Certaines idées sont simples et parlantes. D’autres se révèlent plus complexes mais très éclairantes en effectuant des rapprochements inédits ou systématiques : matrice morale des religions, carte généalogique du rock ou de la dance, schémas idéologiques sur les différences entre droite et gauche. D’autres « datavisions » donnent le mal de tête sans la remplir vraiment : la carte des chromosomes séquencés, des relations sentimentales, des noms de domaine, de l’histoire de l’ordinateur, des couleurs dans les différentes cultures, des femmes de dictateurs… Il n’est pas certain qu’une fois passé l’effet de surprise, Datavision se lise et se relise. Mais les visualisations de David McCandless atteignent des sommets d’inventivité et d’esthétique peu communs. Une nouvelle discipline aurait-elle trouver son prophète ?

En savoir plus avec Le Top 10 de Datavision

Extraits à regarder ici

Qui pense quoi ? – André Guigot

Première impression : ce ne serait pas Ferry, Onfray, Comte Sponville ? Deuxième impression : un texte clair, personnel, passionné, équilibré 

De quoi ça parle : des penseurs d’aujourd’hui. Qui sont-ils ? A quel courant se rattachent-ils ? Comment les penseurs d’aujourd’hui appréhendent-ils le féminisme, le devenir du monde, de la politique, de l’art… sur quoi s’interrogent-ils : Qu’est-ce que la « conscience » ? Doit-on respecter l’animal ? Y a-t-il un « propre » de l’homme ? Qu’est-ce que la vie ?

L’intérêt : « La réévaluation d’une joie compatible avec la résistance au présent n’est pas une mince affaire ». Voilà énoncé en quelques mots l’objectif affiché d’André Guigot. Pour l’auteur de Qui pense quoi ?, docteur en philosophie et enseignant à l’université de Nantes, le pire ennemi de la philosophie – et donc de l’homme libre – réside dans le réalisme, le fatalisme, la résignation, la soumission. Son livre est donc de parti pris. Il ne s’en cache pas. Au contraire, ce spécialiste de Sartre l’assume et le revendique : il n’aime ni les philosophes analytiques anglo-saxons (ce qui est dommage), ni BHL (ce qui est plus convenu), sans doute parce qu’aucun, à ses yeux, ne mérite d’être considéré comme un penseur. André Comte-Sponville, à peine mentionné, se voit aussitôt rangé dans la rubrique des grandes figures médiatiques françaises. Michel Onfray, « grand dézingeur » devant l’éternel, en guerre contre toutes les figures établies, y compris au nom d’une logique – très contestable – qui voudrait que la valeur des oeuvres dépende étroitement de la moralité de leurs auteurs, est présenté comme le porte drapeau d’un « matérialisme hédoniste » dont André Guigot s’étonne qu’il soit si « hargneux » et si peu heureux. Lire la suite sur Le fil de l’opinion

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A feu et à sang – Roselyne Bachelot

En résumé : deux mois après la défaite du président sortant, l’ex-ministre de Nicolas Sarkozy exerce son droit d’inventaire sur la campagne perdue.  Un livre qui lui vaut d’être qualifiée de « résistante de la 25e heure » par Le Figaro. Peu importe : Roselyne Bachelot persiste et signe dans un interview récente à Marianne. Ceux qui attaquent n’ont pas lu le livre, la preuve, dit-elle, « personne ne dit que ce que je raconte est faux ». Son analyse est-elle cohérente pour autant ? C’est moins sûr…

L’intérêt : une campagne différente, plus « humaniste, tolérante et progressiste », aurait-elle permis à Nicolas Sarkozy de gagner à l’arrachée ou simplement de perdre avec les honneurs ? Roselyne Bachelot hésite, se contredit, mélange considérations stratégiques et convictions politiques. Faute d’être convaincu ou éclairé, le lecteur retiendra surtout le goût doux et violent d’un témoignage désabusé. Non, Roselyne n’est pas toujours joviale, chaleureuse et sympathique. Elle sait aussi jouer des poings quand il le faut (ou quand elle le peut).  Finalement, A feu et à sang est moins un livre d’analyse sur une campagne perdue qu’un témoignage sans fard sur l’humanité et la cruauté profonde de la politique. Ce n’est sans doute pas le moindre de ses mérites. C’est peut-être même le seul.

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Fractures françaises – Christophe Guilluy

Première impression : un sujet rebattu Deuxième impression : un propos très libre

En résumé : En substituant la question culturelle à la question sociale, les termes du débat politique et médiatique menacent aujourd’hui d’ébranler définitivement le modèle républicain fondé sur l’égalité des individus et le rejet des communautarismes. Mais comment en est-on arrivé là ? Retour sur un livre placé sous les feux de l’actualité par l’élection présidentielle un an après sa parution.

L’intérêt : c’était en 2011. Un rapport de Terra Nova, un think tank de centre gauche, proche de DSK et de la revue Esprit, créait  un très gros malaise dans les rangs du PS en préconisant au futur candidat de ne pas courir après le vote ouvrier mais de se concentrer sur un électorat qualifié de « progressiste » composé des jeunes, des femmes et des minorités incarnant la « France de la diversité ». Dans une tribune du Nouvel Obs, le président de Terra Nova, Olivier Ferrand, se justifiait en avançant la disparition du vote de classe : « les classes populaires (ouvriers, employés) votaient hier massivement à gauche : 72% pour les ouvriers, au second tour de l’élection présidentielle de 1981. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les classes populaires sont désormais divisées sur les valeurs. La grille de lecture pertinente n’est plus les classes sociales mais la division « outsiders » – « insiders » ». 

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En savoir plus avec Bouillaud’s Weblog – bloc-notes d’un politiste et un article de Libération

Elémentaire mon cher Watson ! – Colin Bruce

Première impression : Encore un livre sur Conan Doyle ?! Deuxième impression : Beaucoup plus original

De quoi ça parle : en mettant en scène 12 nouvelles aventures de Sherlock Holmes et de son fidèle Watson, l’auteur expose les erreurs les plus courantes en matière de statistiques et de probabilités dans des domaines aussi quotidiens que la gestion de nos finances ou l’évaluation du risque. Physicien anglais, Colin Bruce n’en est pas à son premier coup d’essai :  spécialiste des paradoxes scientifiques, il est également l’auteur d’un ouvrage de vulgarisation sur la théorie quantique, Les lapins de M. Schrödinger.

L’intérêt : pas vraiment pour le style de Colin Bruce – n’est pas Conan Doyle qui veut – mais pour l’originalité et la pédagogie de la démarche. Le livre n’est d’ailleurs pas sans rappeler le très utile et très talentueux Petit cours de défense intellectuelle de Normand Baillargeon (critique ici). Quant à ceux que la résolution d’enquêtes policières passionnent, ils mettront leur cellules grises à l’épreuve avec 25 énigmes criminelles de Hélène Amalric.

En savoir plus : les pastiches des aventures de Sherlock Holmes dont le livre fait partie.

Et parce que vous avez autre chose à faire… Vous pouvez vous abstenir de lire : la réédition De superman au Surhomme d’Umberto Eco (les superhéros nous vengent de nos petites vies médiocres et de nos humiliations quotidiennes en repassant en boucle leurs fabuleux exploits. En trois mots : pompeux, sinueux, ennuyeux comme souvent avec Umberto)

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