Sélection des meilleurs livres – novembre 2012 : Anouk Ricard, Christophe Conte, les grands reportages du Monde

En construction

Coucous Bouzon – Anouk Ricard

Première impression : Dilbert fait de la résistance – Seconde impression : Et ce n’est pas glorieux

En résumé : Lorsqu’il est engagé après un entretien d’embauche aberrant au sein du prestigieux fabricant de coucous suisses Bouzon, Richard le canard bleu ne se doute pas encore où il met les pieds…

L’intérêt : Un regard désabusé sur l’entreprise et sur l’époque. L’univers de Richard ressemble à celui de Dilbert. Le patron, à moitié fou, est en proie à un sentiment de toute puissance. Tétanisés à l’idée d’être licenciés, chaque salarié s’arrange pour survivre dans un climat de défiance, de mesquinerie et de lâcheté généralisées. Pourtant, à la différence de l’entreprise de Dilbert, un petit monde parallèle s’est organisé chez Coucous, non pas pour résister à un mode de fonctionnement kafkaïen, mais pour détourner l’argent de l’entreprise. Une tentative forcément vouée à l’échec. Et si l’absence d’idéal collectif nous tirait tous vers le bas ? se demande Anouk Ricard. Prix BD 2012 des lecteurs de Libération.

En savoir plus avec la critique de Libération

billets dursBillets durs – Christophe Conte

Première impression : la première compilation des chroniques de Christophe Conte – Seconde impression : plus de deux cent pages méchantes, ça fait du bien

En résumé : les billets durs de Conte prennent pour cible chaque semaine une personnalité au comportement agaçant, voire révoltant. La charge cinglante, le style brillant, la critique réjouissante. Mais est-ce vraiment si méchant ? En réalité, pas vraiment.

L’intérêt : Les billets durs sont aux Inrocks ce que le Petit journal est à Canal+ : un moment d’autant plus réjouissant pour la France d’en bas que les puissants sont ridiculisés, pris en flagrant délit d’hypocrisie ou de stupidité absolue. Le tout est amusant, parfois même, très bien vu. Mais ce tournage en dérision est-il si redoutable pour nos puissants ? La question qui se pose pour le Petit journal vaut pour la chronique de Christophe Conte. Voire même un peu plus. Car l’écrit n’a pas la cruauté immédiate de l’image saisie sur le vif. Faute d’occasionner un choc, les mots doivent révéler la réalité sous un angle inattendu, cruellement drôle parce qu’étonnament juste. Or sur ce point, pourtant décisif, les billets de Christophe Conte se révèlent souvent décevants. Loin de nous déstabiliser, ils ne disent rien que l’on ne pense déjà savoir. Les artistes ont le coeur à gauche et le porte-feuille à droite, les fachos disent tout haut ce que les cons pensent tout bas, les journalistes se montrent retors avec les faibles et filent doux avec les forts, des politiques se rallient au vainqueur sous des motifs auxquels personne ne croit tandis que des élus de droite agitent fébrilement la menace « socialo-communiste »… Sous la plume de Christophe Conte, chacun joue son rôle méthodiquement, consciencieusement et sans écart. Les personnalités sont telles que les décrivent les guignols de l’info ou telles qu’ils pourraient les décrire. A la fois ridicules, pathétiques et parfaitement prévisibles. BHL s’enlise dans son rêve d’artiste incompris, Attali a un avis sur tout et n’importe quoi, Christine Boutain est une folle haineuses, Bernard Tapie un opportuniste, Morano et Morandini sont vulgaires, Mylène Farmer a deux de QI, Véronique Genest et Jean-Michel Larqué à peine plus. Contraint par un espace-temps limité d’une demie pagehebdomaire, Christophe Conte ne fait pas dans le détail. Il grossit le trait pour être sûr de ne pas rater sa cible. Au final, rien qui mérite de fouetter un chat. Nos people en ont vu d’autres. La preuve : de tous les destinataires des billets durs, seuls deux, Pascal Obispo et Mathieu Kassowitz, ont jugé malin de réagir. Tout le problème de la satyre est qu’elle s’exerce le plus souvent sur des cibles faciles. Que dire sur Marine Le Pen qui n’ait jamais été dit ? Sur Bernard Tapie ou BHL ? Et de leur côté, que n’ont-ils déjà entendu ? Bien sûr, Christophe Conte nous l’assure : ces chroniques font mal, et d’autres, plus « sournois », se sont plaints en haut lieu. Qui ? Mystère. Enfin, non, aucun mystère. Simple figure de style destinée à attester de l’efficacité des fameux billets. Maigre bilan en réalité si la portée d’une chronique se mesure aux réactions qu’elle suscite. Il est vrai que le créneau de la satyre croule sous la concurrence. Et dans ce domaine,  Christophe Conte hurle plus souvent après qu’avant la meute, une meute de loups plus connus, à défaut d’être plus talentueux. A l’image des Guignols en bout de course, la satyre a perdu l’essentiel de son acuïté. Aujourd’hui, l’humour tourne à vide. Pour retrouver ses lettres de noblesse, celles que lui ont donné Rabelais, Voltaire, il faudrait un peu moins s’attaquer aux hommes et un peu plus aux institutions, un peu moins 

Pour se faire une idée le billet dur adressé à Jean-François Copé

Le Monde : les grands reportages 1944-2009

Première impression : un tranche bien épaisse d’histoire contemporaine Deuxième impression : et si Le Monde et le grand reportage appartenaient aux aussi à l’histoire ?

En résumé : À l’occasion du 20 000e numéro du Monde, les Éditions des Arènes ont publié 100 reportages qui ont marqué l’histoire du journal. Préface de Eric Fottorino (président du directoire du journal) et introduction de Jean-Noël Jeanneney.

L’intérêt : c’était l’époque glorieuse de la presse écrite et du grand reportage. La télévision ne s’était pas encore imposée et la radio n’était pas en mesure de rivaliser. Grâce à De Gaulle, la France se vivait comme une grande puissance et entendait peser sur la scène internationale. Le Monde n’était pas seulement le journal de référence mais tout simplement le média par excellence. Bref, c’était il y a quelques années, il y a un siècle…

Publicités