Les 10 livres à (ne pas) lire pendant ses vacances

Ces livres quasiment impossibles à lire, Emily Colette Wilkinson et Garth Risk Hallberg, deux critiques littéraires du site The Millions, ont mis pas moins de trois ans avant de pouvoir les lister.

Au final, ils sont parvenus à dresser un top 10, sélectionnés de par « leur longueur, leur style, leur étrange structure, leur technique expérimentale ou leur abstraction ». Voici la liste de ces « monts Everest littéraires », accompagnés de brefs résumés au cas où vous vous seriez d’humeur audacieuse cet été. A noter que leur lecture est tellement complexe que les critiques eux-mêmes reconnaissent que « si vous pouvez lire les dix, vous êtes probablement supérieur à l’Homo Sapiens. »  

1. Le bois de la nuit, de Djuna Barnes : Ce livre publié en 1936 raconte l’histoire de Robin Vote, une femme qui épouse un baron vénal et finit par vivre une relation amoureuse homosexuelle. Le livre ne fait que 180 pages, idéal pour commencer le top 10 donc. Par contre, sachez que si son écriture est un travail d’orfèvre, il peut en émaner un ennui profond dû à une histoire qui traîne en longueur et lestée d’emphases métaphoriques qui peuvent rapidement épuiser. 

2. La veillée des Finnegan, de James Joyce (1939) : Attention, celui-ci est particulièrement rude. Suivant une théorie cyclique de l’histoire, la première phrase commence sur la dernière page et la dernière phrase se termine sur la première page pour faire du livre un cycle. Le concept est séduisant mais, mêlant plusieurs langues, ce livre est réputé pour être incroyablement complexe à finir. Son traducteur en français, Philippe Lavergne, a mis vingt ans à retranscrire le texte après avoir eu un coup de foudre à l’âge de 17 ans… Une anecdote qui en dit long sur la difficulté de l’oeuvre.

3. Le conte du tonneau, de Jonathan Swift (1704) : Premier roman important de l’auteur des Voyages de Gulliver, il s’agit d’une satire de la stupidité de son temps, mélangeant digressions humoristiques et les aventures de trois frères.  L’enchevêtrement des styles et des histoires en feraient un livre particulièrement complexe à suivre.

4. Être et Temps, de Martin Heidegger (1927) : Considérée comme l’oeuvre majeure du philosophe Heidegger, cette dernière recèlerait de néologismes indigestes pour décrire une nouvelle pensée scientifique de l' »être ». Si Garth Risk Hallberg dit que ce livre aura changé sa vie, il signale qu’il a mis pas moins d’un an avant d’en venir à bout. 

5. La phénoménologie de l’esprit, de Hegel (1807) : Ce livre est un monument prépondérant de la philosophie moderne, réfutant l’idéalisme Kantien pour esquisser une anatomie de la conscience, du savoir et de l’esprit, décryptant également les processus dialectiques. La densité théorique de l’ouvrage est conséquente et ne saurait être décrite en quelques lignes. Bref, l’oeuvre est passionnante, profonde, mais l’étendue du sujet et les terminologies sont plutôt incompréhensibles sans une formation préalable ou quelques guides annexes d’explications. 

6. La Reine des fées, d’Edmund Spenser (1590) : Un poème épique en six livres aux strophes finement ciselées, mettant en scène des chevaliers symbolisant tous une vertu particulière. Mais il devient rapidement interminable à cause de son trop-plein allégorique, le style archaïque et tortueux ainsi que l’enchaînement imprévisible des péripéties jouant beaucoup sur les basculement passé/futur.

7. La promenade au phare, de Virginia Woolf (1927) : Racontant l’histoire de la famille Ramsay lors de leurs visites sur l’île de Skye, en Ecosse. Ici, l’intrigue s’efface derrière l’introspection philosophique. Surfant sur le courant de conscience, il est compliqué de savoir qui dit quoi, qui est qui, le rythme est décousu et les critiques signalent qu’il faut faire abstraction de soi pour saisir l’oeuvre et être capable de tourner les premières pages. Un beau livre en forme de défi en quelques sortes.

8. The Making of Americans, de Gertrude Stein (1925) : Un roman léger de plus 1000 pages, parfait pour les voyages en somme. On ne tarit pas d’éloges à propos de ce livre qui sublime le réel, offrant une réflexion sur le sensible et sur l’écriture de l’oeuvre en elle-même. Cependant, le style est tellement pesant qu’une page peut prendre plusieurs longues minutes pour être lues, même par des critiques chevronnés.

9. Clarisse Harlowe, de Samuel Richardson (1748) : 1 500 pages pour ce roman dont le simple format physique est une pièce de bravoure. Sous forme épistolaire, il explore magnifiquement la profondeur psychologique de son personnage principal, progressivement déshumanisé par une famille monstrueuse, mais les éléments perturbateurs y sont quasiment inexistants. Un facteur décourageant l’impression de tourner en rond est persistante, bien que le style soit particulièrement raffiné.

10. Women & Men, de James McElroy (1993) : Cette dernière oeuvre est issue de la période post-moderne, la singularité de la prose y serait déconcertante et impalpable tout comme son intrigue, longue à s’installer. Toutefois Garth Risk Hallberg dit de cette oeuvre « C’est un livre, étrange et merveilleux. Je ne peux pas attendre avant de me replonger dedans à nouveau. » En bref, si ces oeuvres sont difficiles à lire et à s’accaparer, leur lecture apporterait tout de même une satisfaction inédite et un enrichissement bien plus conséquent que la commune consommation de romans de gare aux élans Arlequins. Et vous, avez-vous déjà achevé l’un de ces ouvrages ? 

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