En attendant les prix littéraires 2013 : les bons romans de la rentrée

Tous les auteurs de la rentrée par ordre alphabétique. Les sélection des Inrocks et de  gwordia.hautetfort.com.

Laure Adler « Immortelles »

Une nuit d’été, la narratrice se réveille, submergée par une vague de souvenirs qu’elle croyait enfoui dans l’oubli. Sous ses yeux défilent alors les vies des trois amies avec qui elle a grandi, trois femmes aux destins poignants, trois parties d’elle aussi, qu’elle rassemble soudain. Il y a Florence, « la collectionneuse » d’hommes, rencontrée à Avignon parmi la foule venue applaudir Vilar et Béjart. Suzanne, l’affranchie avec qui elle part à Barcelone goûter aux plaisirs d’une existence risquée. Il y a Judith, enfin, l’enfant de Buenos Aires, dont le passé remonte jusqu’au ghetto de Varsovie et que le destin a ramenée à Paris. Un hymne à l’amitié féminine. – gwordia.hautetfort.com

Xavier Boissel : “Autopsie des ombres” 

L’art de la guerre selon Xavier Boissel. Celle de 14-18 constituait l’objet de son essai Paris est un leurre, paru en 2012. Pour son premier roman, Boissel s’est inspiré cette fois de la guerre en ex-Yougoslavie et des tueries d’animaux auxquelles durent se livrer des Casques bleus pour éviter la propagation d’épidémies. Racontée du point de vue de l’un de ces soldats, Pierre Narval, l’histoire oscille entre son présent et ses souvenirs. Sous l’influence de Conrad, une plongée au coeur des ténèbres d’une psyché dévastée. – Les Inrocks

Bergsveinn Birgisson : La lettre à Helga

« Mon neveu Marteinn est venu me chercher à la maison de retraite. Je vais passer le plus clair de l’été dans une chambre avec vue plongeante sur la ferme que vous habitiez jadis, Hallgrímur et toi. » Ainsi commence la réponse – combien tardive – de Bjarni Gíslason de Kolkustadir à sa chère Helga, la seule femme qu’il aima, aussi brièvement qu’ardemment, d’un amour impossible. Et c’est tout un monde qui se ravive : entre son élevage de moutons, les pêches solitaires, et sa charge de contrôleur du fourrage, on découvre l’âpre existence qui fut la sienne tout au long d’un monologue saisissant de vigueur. Car Bjarni Gíslason de Kolkustadir est un homme simple, taillé dans la lave, pétri de poésie et d’attention émerveillée à la nature sauvage. Ce beau et puissant roman se lit d’une traite, tant on est troublé par l’étrange confession amoureuse d’un éleveur de brebis islandais, d’un homme qui s’est lui-même spolié de l’amour de sa vie. – gwordia.hautetfort.com

Martín Caparrós : “Living” 

Nito est né le jour de la mort de Juan Perón. Dès lors, son destin est intimement lié à celui de son pays, l’Argentine. De sa conception à sa carrière de gourou pour un prédicateur évangéliste, Nito raconte sa vie rocambolesque par le menu – les ébats de ses parents, la disparition de son père, ses premiers émois. Cru et baroque, bouffon et macabre, le récit ne cesse d’enfler, se nourrissant du réel, le dévorant pour l’intégrer à la fiction. L’écrivain argentin Martín Caparrós signe une fresque outrancière et gonflée. – Les Inrocks

J. M. Coetzee : “Une enfance de Jésus” 

A la fois parabole et dystopie, le dernier roman du prix Nobel sud-africain installe une atmosphère étrange, baignée par une torpeur vaguement inquiétante. David, un enfant, et Simón, vieil homme qui l’a pris sous son aile, sont deux immigrés arrivés par bateau à Novilla. Ils tentent de se construire une nouvelle vie dans cette ville sans âme et de retrouver une mère pour David. Ce sera Inés, élue par Simón. Dépourvu de la férocité qui faisait la force d’un livre comme Disgrâce, Une enfance de Jésus, texte aux multiples interprétations, surprend par sa pesanteur et son détachement, source d’un intrigant malaise. – Les Inrocks

Marie Darrieussecq : “Il faut beaucoup aimer les hommes” 

Marie Darrieussecq décrit les affres d’une passion (forcément non réciproque), ses tensions, son attente douloureuse, sur fond d’Hollywood et d’Afrique, dans un roman très fort qui déjoue tous les pièges de son sujet. – Les Inrocks

Julen Delmaire : « Georgia »

Venance, un jeune Sénégalais, se retrouve travailleur sans papiers dans une France en crise où il n’a pas sa place. Il rencontre, l’espace de quelques nuits, Georgia, une jeune femme toxicomane à la beauté ambigüe. Les deux marginaux se frôlent, se racontent, dans une parenthèse en clair-obscur où Georgia va livrer ses secrets, exhumer les trésors dérisoires de son enfance. Georgia parle et, de sa voix jaillissent des paysages : le bocage de sa Normandie natale, le Sud profond, le bayou, les champs de coton infinis. Plus qu’une héroïne, Georgia est une chanson qui passe de bouche en bouche, une paumée sûrement, une sainte peut-être ». Aux côtés des deux protagonistes, une foule de personnages dressent le portrait d’une société où la détresse sociale n’a pas encore tué l’entraide. Veillé par la musique crépusculaire de Joy Division, ce roman est un requiem rock, un oratorio poétique pour tous les corps qui luttent, résistent et finissent par tomber dans l’indifférence d’une époque trop étroite. « La vie de Georgia commence à peine, que déjà les heures épuisent le sablier. Le bluesman reprend son souffle. La chanson passe de bouche en bouche. L’amour, l’amour nous déchirera à nouveau. » – gwordia.hautetfort.com

Jacob Ejersbo : « Exil »

Âgée de quinze ans, Samantha est lycéenne en Tanzanie au début des années 1980. Fille d’immigrés britanniques, elle grandit entre un père ancien agent des forces SAS qui loue désormais ses services aux despotes locaux, et une mère qui s’abîme dans l’ennui et l’alcool. Entre des parents qui prennent peu soin d’elle, Samantha vit une scolarité rebelle et des amours chaotiques. Se dessine peu à peu le portrait d’une jeunesse occidentale en roue libre. Avec Exil, Jakob Ejersbo dresse un tableau sombre du vécu immigrant Nord-Sud en même temps qu’un portrait sans concession de l’Afrique postcoloniale. Dans la lignée de Conrad, il est le peintre du côté obscur de la nature humaine. Son œuvre fait la part belle aux personnages déracinés, exilés, marginalisés, mais toujours porteurs d’un sentiment d’humanité et d’espoir en l’avenir. À travers le destin d’expatriés en Tanzanie, et l’incommunicabilité des êtres qui pousse à la dérive, sa monumentale trilogie sur l’Afrique intercontinentale traite notamment du difficile passage à l’âge adulte. – gwordia.hautetfort.com

Jean Hatzfeld : “Robert Mitchum ne revient pas” 

Journaliste, Jean Hatzfeld a couvert la guerre en ex-Yougoslavie. Il en a tiré un premier livre, L’Air de la guerre, paru en 1994. Presque vingt ans après, il ravive les cendres de ce conflit dans un roman qui tourne autour de Vahidin et Marija, deux athlètes de l’équipe de tir yougoslave qui s’entraînent pour les JO de Barcelone. Vahidin et Marija sont amoureux ; lui est musulman, elle serbe. La guerre va les séparer. Avec ce Roméo et Juliette des Balkans, Hatzfeld donne à voir la guerre dans ses détails les plus concrets. – Les Inrocks

Richard Ford : “Canada” 

Un braquage, une fuite, des meurtres… Avec Canada, l’Américain Richard Ford signe un roman d’action et d’initiation. Dell Parsons, 15 ans, trouve refuge au Canada après le hold-up qui a conduit ses parents en prison. Il est recueilli par le mystérieux Arthur Remlinger, personnage trouble recherché par la police. Un page-turner efficace qui explore la métaphore de la frontière, la lisière impalpable entre le Bien et le Mal. – Les Inrocks

Patrick Flanery : « Absolution »

En Afrique du Sud, de nos jours, Clare Wade, une icône du microcosme littéraire de Cape Town, rencontre Sam, un jeune universitaire chargé d’écrire sa biographie. Tandis qu’elle-même enquête sur la disparition de sa fille Laura, responsable présumée d’attentats à la bombe en 1989, Sam découvre des liens entre la célèbre auteure et l’ancien régime d’apartheid. Mais l’universitaire est lui aussi loin d’avoir tout dit sur sa véritable identité. Entre ambivalence et faux-semblants, ils vont devoir faire tomber les masques pour élucider les drames de leurs existences passées. Quand une célèbre écrivain sud-africaine rencontre un jeune universitaire chargé d’écrire sa biographie… Un duel littéraire fascinant qui tourne au thriller psychologique post-apartheid. – gwordia.hautetfort.com

Paolo Giordano : “Le Corps humain” 

Beaucoup de livres sur l’Afghanistan en cette rentrée, mais un seul à retenir, celui de l’Italien Paolo Giordano. Après l’adolescence, motif de son premier roman La Solitude des nombres premiers, l’écrivain sonde l’entrée dans l’âge adulte, et plus spécifiquement dans l’âge d’homme, à travers les soldats d’un peloton envoyé dans le désert afghan. Au centre du récit, le lieutenant Egitto, médecin de la base. A travers lui, Giordano ausculte la façon dont la guerre s’inscrit dans la chair, s’écrit dans les corps. Un livre physique, à l’énergie brute. – Les Inrocks

Laura Kasischke  : “Esprit d’hiver”

Nul n’a su si bien saisir le mythe trouble de l’adolescence. Après Rêves de garçons et Les Revenants notamment, la romancière américaine nous conte le face-à-face d’une mère et de sa fille adoptive de 15 ans, le jour de Noël. Un huis clos inquiétant, teinté d’irréel, où affleurent non-dits et secret enfoui. Kasischke sonde les thèmes de la famille et du lien filial en instillant, tout au long de cette journée, un suspense d’avant la catastrophe. Jusqu’à la fin épouvantable et stupéfiante. – Les Inrocks

Patrick Laurent : « Comme Baptiste »

Baptiste, jeune informaticien passionné d’Intelligence Artificielle, vient d’apprendre que son père, linguiste renommé, veuf et dépressif, n’est pas son père. En effet, sa mère, morte deux ans plus tôt, a eu recours à une insémination avec donneur. Dès lors, le jeune homme est pris d’un désir frénétique de connaître ce géniteur anonyme, qu’il appelle son Bio. Il se lance dans une quête parsemée d’embûches et de rencontres inattendues. Dans son esprit déferlent la Conscience, le Réel, l’Identité, la Mort, tels les quatre cavaliers de l’Apocalypse… Sur des thèmes très actuels – la perte des repères identitaires liés aux progrès des sciences biologiques, les limites de la paternité et de la filiation… –, Patrick Laurent offre un récit fiévreux, enchaînant les péripéties avec virtuosité sur un arrière-plan métaphysique qui interroge profondément l’imaginaire contemporain. -gwordia.hautetfort.com

Patrick McGuiness : « Les cent derniers jours »

Un jeune professeur est nommé en Roumanie en remplacement d’un confrère. Nous sommes trois mois avant la chute de Ceausecu, mais cela, il ne le sait pas. Guidé par Leo, un trafiquant au marché noir, il découvre un pays où tout est rare et rationné, de l’électricité à la liberté. Les seules choses qui prospèrent sont l’ennui et les petits arrangements. Tout le monde espionne tout le monde, on ne sait à qui l’on peut faire confiance. Ce roman que Graham Green n’aurait pas renié est celui de la déliquescence des vieilles dictatures qui tombent comme des fruits pourris. Et, au milieu de cette dangereuse morosité, survient l’amour pour une jeune femme qui va tout modifier. – gwordia.hautetfort.com

Grace McLeen : « Le plus beau de tous les pays »

Judith et son père appartiennent à une communauté, les Frères, qui vit sous l’autorité de la sainte Bible et se prépare à l’Apocalypse imminente. Souffre-douleur de ses camarades de classe, Judith se réfugie dans sa chambre pour y confectionner un monde miniature qu’elle nomme « Le plus beau de tous les pays ». Un soir, elle fait neiger sur ce petit monde et, le lendemain, découvre par-delà sa fenêtre que la ville est devenue blanche. Un miracle. Et si le Tout-Puissant avait décidé de faire d’elle son instrument ? À travers le regard d’une enfant, Grace McCleen s’interroge sur le bien et le mal, la foi et le doute. – gwordia.hautetfort.com

Dominique Paravel : « Uniques »

Jour de l’Épiphanie, rue Pareille, à Lyon. La vieille Elisa, émigrée italienne, erre entre les rayons du supermarché, Élisée épie sa voisine depuis la fenêtre, Angèle cherche à vendre des forfaits téléphoniques, Violette souffre d’exclusion à l’école, tandis que Jean-Albert procède à des licenciements. Vies fragmentées, parallèles, que rassemble dans son regard d’artiste Susanna, originaire elle aussi de cette rue Pareille qui fait songer à la rue Vilin de Georges Perec. Dans ce premier roman subtil et audacieux, Dominique Paravel met à nu les mécanismes sociaux : discours creux pour justifier les licenciements, robotisation des standardistes, inepties proférées sur l’art contemporain… Uniques se fait satire sociale et révèle la solitude d’êtres brisés par le monde d’aujourd’hui. Une pointe d’humour, quelques échappées oniriques et une sourde révolte apportent aux habitants de la rue Pareille un peu d’espoir, une humanité certaine et peut-être un autre destin. – gwordia.hautetfort.com

Fabien Prade : « Parce que tu me plais » 

Quand un vingtenaire désœuvré et sans scrupules tombe amoureux d’une grande belle fille morale. Un premier roman aussi vif que drôle. Théo n’est pas du genre à se faire du souci dans la vie. Il a une vingtaine d’années, sillonne Paris sur son scooter, ne fait presque rien, et ne souhaite qu’une chose : que cela dure. Et voilà qu’un jour, alors qu’il s’empoigne avec une clocharde qui lui demande de l’argent, une jeune fille le reprend sur son comportement. Théo n’en revient pas : d’une part de sa beauté, d’autre part de son culot. Riche, bien élevée, pleine de principes, Diane vient de débouler dans sa vie. – gwordia.hautetfort.com

Jean Rolin : “Ormuz” 

Après Los Angeles pour son génial Le Ravissement de Britney Spears(2011), Jean Rolin plonge en eaux troubles, celles du détroit d’Ormuz, bras de mer entre l’Iran, Oman et les Emirats arabes unis. Un point hautement stratégique, où se font face navires américains et iraniens. Personnage un peu paumé, Wax décide de traverser ce détroit à la nage. Si le récit concentre des ingrédients à fort potentiel explosif, il se noie malheureusement sous une accumulation de détails maritimes qui font boire la tasse au lecteur. – Les Inrocks

Ayfer Tunç : « Nuit d’absinthe »

 « Nuit d’absinthe se passe dans les salons feutrés de la bourgeoisie turque, où tout n’est plus qu’apparence. » Une femme d’une quarantaine d’années sonne à la porte de l’un de ses amours de jeunesse et lui demande de l’héberger. Elle qui dans son adolescence a fait sensation en couverture de la presse érotique est restée très belle mais a depuis abandonné sa longue chevelure et s’est rasé la tête. Terrifiée et en état de choc, elle vient de commettre un acte ultime et désespéré. Nuit d’absinthe raconte l’histoire tragique et poignante de la chute et de la rédemption d’une femme broyée par le système. C’est aussi le portrait d’une héroïne à la Madame Bovary qui essaie d’échapper à l’ennui, à son quotidien et à la mort, d’abord avec son grand amour, le superbe Ali, qui finira par la quitter, puis dans un mariage décevant avec un époux médiocre, Osman. Son amertume et son détachement grandissants, et sa haine d’un système qui l’exploite, la conduiront à faire éclater le scandale pour dénoncer hypocrisie et opportunisme, les jeux de pouvoir entre la nouvelle bourgeoisie et les bureaucrates, et le prix à payer pour l’ascension sociale. – gwordia.hautetfort.com

Valentina d’Urbano : « Le bruit de tes pas » 

« La Forteresse », 1974 : une banlieue faite de poussière et de béton, royaume de l’exclusion. C’est là que grandissent Beatrice et Alfredo : elle, issue d’une famille pauvre mais unie, qui tente de se construire une vie digne ; lui, élevé avec ses deux frères par un père alcoolique et brutal. Presque malgré eux, ils deviennent bientôt inséparables au point de s’attirer le surnom de « jumeaux ». Mais ce lien, qui les place au-dessus de leurs camarades, tels des héros antiques, est à la fois leur force et leur faiblesse. Car, parallèlement à la société italienne, touchée par la violence des années de plomb, leur caractère, leur corps et leurs aspirations évoluent. Chez Beatrice, qui rêve de rédemption et d’exil, l’amitié initiale se transforme peu à peu en amour sauvage, exclusif. Chez Alfredo, fragile et influençable, le désespoir s’accentue. Drames familiaux, désoeuvrement, alcool et drogue, tout semble se liguer pour détruire les deux jeunes gens. Et, quand l’héroïne s’insinue dans la vie d’Alfredo, Beatrice, tenace, ne ménage pas ses forces pour le sauver, refusant de comprendre que la partie est perdue. Le bruit de tes pas est le récit de ces quinze années d’amitié et d’amour indéfectibles. Un premier roman âpre d’une sobre poésie, une voix qui perdure longtemps dans l’esprit de son lecteur. – gwordia.hautetfort.com

Marc Weitzmann : “Une matière inflammable” 

“Anne Sinclair”. Ce sont les premiers mots du roman. Ils pourraient laisser craindre que la matière inflammable du titre soit l’affaire DSK, déjà exploitée par nombre de livres plus ou moins ratés. Il n’en est rien, même si les frasques de l’ancien directeur du FMI sont présentes en filigrane. Le vrai sujet de ce livre, sorte de Bel-Ami contemporain, c’est l’arrivisme, l’ambition. Fasciné par Patrick Zimmermann, économiste brillant, Frank Schreiber cherche sa place et finit par pénétrer le milieu intellectuel et politique. Une peinture corrosive du pouvoir et de ses abus. – Les Inrocks

 

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