The Capture of Cerberus, un inédit d’Agatha Christie en attente de de traduction française

Introuvable depuis 60 ans, « La Capture de Cerbère », une enquête d’Hercule Poirot avec Hitler en guest star, est enfin publiée en Angleterre.

Les fans de la romancière ne pouvaient rêver mieux qu’un nouvel Hercule Poirot. Le Daily Mail les a comblés, en exauçant leur vœu, en deux épisodes, fin août 2009. The Capture of Cerberus est, avec Le Mystère de la balle du chien, l’un des deux inédits tirés des carnets secrets de la Reine du crime. Le Guardian a surfé sur la nouveauté début septembre, au moment même où les nouvelles étaient publiées dans Agatha Christie’s Secret Notebooks, chez HarperCollins. Et pour fêter le 120ème anniversaire de la naissance d’Agatha Christie (le 15 septembre 1890), l’éditeur vient de faire paraître le volume en livre de poche.

La surprise d’une reine du mystère

À la veille de la Deuxième Guerre mondiale, époque où elle a vraisemblablement rédigéThe Capture of Cerberus, Agatha Christie est un auteur de 50 ans à la notoriété déjà solide. Cette anglo-américaine à l’éducation soignée a fait paraître son premier roman, La Mystérieuse affaire de Styles, en 1920, donnant ainsi naissance à l’un de ses deux détectives fétiches, le Belge Hercule Poirot. Les livres se succèdent et, lorsqu’elle publie, en 1926, Le Meurtre de Roger Ackroyd, elle est désormais une figure incontournable du roman policier. Capable d’écrire jusqu’à deux livres par an, elle laisse à sa mort en 1976 plus de 80 romans, recueils de nouvelles et pièces de théâtre, traduits dans plus d’une centaine de langues. D’aucuns affirment qu’elle est l’auteur anglais le plus lu après William Shakespeare (peut-être ces statistiques datent-elles d’avant le phénomène Harry Potter ?). Dans ce contexte, on imagine aisément l’enthousiasme déclenché par la découverte l’an dernier de deux nouvelles inédites mettant en scène Hercule Poirot, le héros emblématique de la romancière.

Une incroyable découverte

C’est John Curran, écrivain et fervent admirateur d’Agatha Christie, qui, en 2004, fait l’incroyable découverte dans la maison de campagne de la reine du crime, à Greenway. En passant en revue les cahiers et les notes de la Dame, il tombe sur 73 carnets, contenant outre des passages supprimés de ses œuvres publiées, deux nouvelles manuscrites : l’écriture irrégulière est sans conteste celle de Christie. Mieux encore, Curran s’aperçoit bien vite que les textes en question n’ont jamais été publiés. Ainsi, plusieurs décennies après leur conception à la veille de la Deuxième Guerre mondiale, il avait mis la main sur deux aventures égarées d’Hercule Poirot. Mais comment pareils écrits ont-ils pu rester cachés si longtemps ? En fait, en 1939, quand Agatha Christie propose au Stag magazine de publier son Cerbère sous en feuilleton, le comité de rédaction hésite, puis refuse. On peut soupçonner que la raison de cette attitude surprenante tient au contexte politique européen. Il faut dire que le thème de la nouvelle est un peu particulier…

Une femme fatale russe, un tyran fou et un meurtre qui fait trembler le monde

Il s’agit en effet d’une histoire peu habituelle pour notre Reine du crime. The Capture of Cerberus – à ne pas confondre avec la nouvelle totalement différente malgré le titre identique qu’elle publie en 1947 dans son recueil intitulé Les Travaux d’Hercule – est l’un de ses écrits les plus politisés. La comtesse Vera et de Poirot, personnages connus de ses lecteurs, sont accompagnés d’un dictateur, judicieusement nommé August Hertzlein et clairement inspiré d’Adolf Hitler. Et l’impertinence ne s’arrête pas là, puisque le tyran en question se fait tout bonnement assassiner. Agatha Christie se prend même à espérer qu’Hitler s’est préalablement transformé en homme de foi qui tente de prêcher l’amour et la paix. De quoi provoquer avec l’Allemagne nazie de l’époque un incident diplomatique ! Mais le Führer n’eut pas l’occasion de se voir dans cette histoire, pas plus que le lecteur d’alors n’eut la chance de découvrir la seconde particularité de cet opus : un Hercule Poirot particulièrement réactif aux charmes de la gent féminine. Lui d’ordinaire si chaste avoue sous la plume de son auteur un goût jusque-là inavoué pour les « femmes du monde », élégantes et « spirituelles » (les deux expressions sont en français dans le texte). Agatha Christie ironise sur l’attirance systématique des hommes petits pour les femmes grandes – une remarque dans laquelle on peut discerner une boutade à l’intention de son second époux, l’archéologue Sir Max Mallowan, un gentleman plutôt râblé et réputé pour sa verdeur jusqu’à un âge avancé.

Au moins deux bonnes raisons, donc, de se réjouir de la parution de ces inédits. Quant au lectorat francophone, il peut se rassurer : si la publication est pour l’instant uniquement anglophone, il y a fort à parier qu’avant longtemps, cette petite perle de recueil aura sa traduction française. À suivre !

Raphaëlle O’Brien  – 17 septembre 2010

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