Les meilleurs romans 2014 : la sélection de Télérama, Le Point, Les Inrocks et Sens Critique

24/7 le capitalisme à l’assaut du sommeil, de Jonathan Crary
Dans cet essai original, Jonathan Crary, Américain francophile inspiré par Jean-Luc Godard et Guy Debord, décrypte le 24/7 – soit le rythme effréné du vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept. Le mot d’ordre du capitalisme qui nous empêche de dormir et de rêver. Ed. Zones.

TELERAMA

L’Amour et les Forêts, de Eric Reinhardt L’auteur de Cendrillon a ébloui la rentrée avec le portrait d’une héroïne romanesque brisée sur l’arête tranchante du réel. Inventivité narrative et écriture ultramaîtrisée étaient au rendez-vous dans ce livre qui joue avec – et renouvelle – les codes des grands romans du XIXe siècle, tout en scannant la middle-class de notre temps.

LES INROCKS

SENS CRITIQUE

Angel, l’Indien blanc, de François Place
Nous sommes au XVIIIe siècle. François Place, conteur prodigieux, lance sur les chemins un jeune métis franco-indien, Angel, embarqué sur un trois-mâts parti de Buenos Aires, cap sur le Grand Sud. L’auteur ensauvage l’imagination, embrase les mots et les images. Son roman a la beauté des songes et la force du documentaire. Ed. Casterman. Dès 12 ans.

TELERAMA

Après la guerre, d’Hervé Le Corre
Bordeaux, années 50. Un commissaire de police, mouillé jusqu’aux yeux dans la collaboration, s’est refait une virginité et règne sur la ville et un réseau de truands quand ses intérêts sont soudain menacés par la vengeance d’un adversaire mystérieux. Pendant qu’un jeune homme, fils de déportés, fait l’expérience de la guerre en Algérie. Hervé Le Corre, magnifiquement inspiré, compose autour de ces trois personnages une tragédie de brumes et de mémoires blessées. Ed. Rivages.

TELERAMA

Aux animaux la guerre, de Nicolas Mathieu
Une usine qui ferme, dans les Vosges, des familles sur le carreau, les efforts désespérés de l’inspectrice du travail, la colère et le désarroi, le FN en embuscade… Premier roman superbement construit, formidablement dialogué, Aux animaux la guerre, écrit sous les auspices de La Fontaine, Manchette et Pelot, est « la » découverte de l’année. Ed. Actes sud, coll. Actes noirs.

TELERAMA

Cataract City, de Craig Davidson
Duncan et Owen ne se quittaient pas lorsqu’ils étaient gamins. L’un est devenu flic, l’autre sort de prison. Depuis Un goût de rouille et d’os, on sait que Craig Davidson aime les histoires d’amitié et dit avec une singulière âpreté la douleur des corps sacrifiés. Un grand livre tragique au cœur d’une ville possessive et rancunière. Traduit de l’anglais (Canada) par Jean-Luc Piningre. Ed. Albin Michel.

TELERAMA

Comme un chant d’espérance, de Jean d’Ormesson Notre professeur de bonheur est revenu. Et il nous invite à une petite promenade métaphysique vers le mystère de nos origines. Rien de moins. Comment élucider l’énigme du rien, c’est-à-dire du tout ? Avec culture, gaieté, sens de la vie, bien sûr. Spinoza et saint Augustin sont là, mais surtout lui, Jean d’O. Un bijou philosophique autant qu’un manuel de bien-être qui, dixit FOG, « à l’inverse de tant d’antidépresseurs, marche à tous les coups ».

LE POINT

Diabolique dentiste, de David Walliams
Au centre de l’histoire, une abominable dentiste sorcière, collectionneuse de dents d’enfants. Par l’auteur de Monsieur Kipu et de Ratburger, l’écrivain qui n’hésite jamais à en faire trop, roi des listes farfelues, champion des gags en cascade. Inénarrable. Traduit de l’anglais par Valérie Le Plouhinec. Ed. Albin Michel. Dès 8 ans.

TELERAMA

En ce lieu enchanté, de Rene Denfeld
L’univers carcéral sous le regard d’un condamné à mort. Une prison usine, 3 000 détenus, dont le narrateur, à l’imagination enfiévrée, connaît tous les arcanes. Un livre rare, à la fois éprouvant et lyrique, réaliste et poétique, écrit par une jeune journaliste américaine spécialiste de la peine de mort. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Frédérique Daber et Gabrielle Merchez. Ed. Fleuve Editions.

TELERAMA

En finir avec Eddy Bellegueule, de Édouard Louis Le choc des mots et le poids d’un milieu. Jeune normalien, l’auteur se souvient du martyre que fut son enfance dans un village picard oublié de la mondialisation. Il s’appelait alors Eddy Bellegueule, avait des manières efféminées, aimait les poupées et les chanteuses de variétés, ce qui lui valait un tabassage quotidien de la part de condisciples au collège, mais aussi la gêne de sa famille. Entre le Brel de « Ces gens-là » et Annie Ernaux, un uppercut littéraire dont nous ne nous sommes toujours pas remis.

LE POINT

SENS CRITIQUE

Et rien d’autre, de James Salter
Son cadet Richard Ford professe que nul écrivain américain aujourd’hui n’écrit mieux que le grand Salter. Son sixième roman, qui retrace de façon elliptique la vie et les amours du dénommé Philip Bowman, le confirme admirablement. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marc Amfreville. Ed. de l’Olivier.

TELERAMA

LES INROCKS

LE POINT

Homère est morte, d’Hélène Cixous
Après la mort de sa mère, à 103 ans, Hélène Cixous oscille entre l’ici-bas et l’au-delà, se blottit dans l’après, se raidit dans l’avant, et ce remue-ménage chronologique a un goût d’éternité. Comme toujours, elle pratique l’écriture immédiate trépidante et l’introspection analytique distante, avec la même intelligence au galop. Ed. Galilée.

TELERAMA

L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage, de Haruki Murakami
Ecrit après Fukushima, ce livre raconte un cataclysme intime, source de régénération. Après sa trilogie 1Q84, violente et révoltée, Murakami signe une œuvre aussi dense qu’apaisée, un roman d’amour où les êtres tombent la carapace sans fracas, pour avancer vers la vérité et faire converger leurs désirs d’accomplissement. Shikisai o motanai Tazaki Tsukuru to, kare no junrei no toshi, traduit du japonais par Hélène Morita. Ed. Belfond.

TELERAMA

LE POINT

La Voix de la meute, de Gaia Guasti
Mila, Ludo et Tristan, trois enfants d’un pays de bois et de chasse, où court depuis des siècles la légende d’hommes au visage de loup. Roman initiatique, aventure fantastique, ce texte sensuel et électrique dit magnifiquement les bouleversements et les angoisses de l’adolescence. Les deux premiers tomes de cette trilogie sont parus cette année. Ed. Thierry Magnier. (Tome 1 : Les Remplaçants. Tome 2 : Les Prédateurs) Dès 12 ans.

TELERAMA

Le Chardonneret, de Donna Tartt L’Américaine démontre qu’elle règne encore en impératrice du grand roman anglo-saxon : ample fresque autour d’un petit garçon qui vole un tableau le jour où il perd sa mère lors d’un attentat, Le Chardonneret mixe avec ambition plusieurs genres (le roman noir, le roman gothique, etc.) pour s’avérer, au final, un magnifique roman métaphysique.

LES INROCKS

LE POINT

SENS CRITIQUE

Le complexe d’Eden Bellwether, de Benjamin Wood
Impossible de ne pas lire d’une seule traite ce premier roman en forme de poupées russes, sur les perfidies d’un étudiant organiste qui manipule son monde à Cambridge, et tombe sur un os, à travers le fiancé de sa sœur, bloc d’humanité et de dévouement. The Bellwether Revivals, traduit de l’anglais par Renaud Morin. Ed. Zulma.

TELERAMA

Le Livre de Perle, de Timothée de Fombelle
Il était une fois un jeune homme venu d’un monde auquel le nôtre ne croit plus. Il était une fois un futur écrivain qui allait croiser sa route et finir par raconter son histoire. Entre roman, conte de fée et récit de soi, l’auteur de Tobie Lolness et de Vango nous entraîne là où la mémoire, le rêve, l’imaginaire et la vie se mêlent inextricablement. Là où les « histoires nous inventent ». Ed. Gallimard Jeunesse. Dès 13 ans.

TELERAMA

Le Parler de soi, de Vincent Descombes 
Un livre salutaire et décapant en ces temps narcissiques et égocentrés. Haïssable moi, disait Pascal ! Spécialiste du langage, Vincent Descombes oriente le lecteur dans le labyrinthe de la philosophie du sujet : que fait-on au juste quand on parle de soi à la première personne ? Ed. Gallimard.

TELERAMA

Peine perdue, de Olivier Adam Depuis précisément dix ans, nous n’avons cessé d’écrire qu’il était un écrivain de premier plan et qu’il faudrait compter désormais avec lui. Or, il compte surtout des contempteurs dont la liste s’allonge à chaque rentrée littéraire. Peine perdue, le titre de son dernier roman, résonne ainsi comme un pied de nez meurtri. Mais c’est surtout l’occasion de démontrer, avec Antoine, Marion, Jeff et les autres, qu’il reste un admirable maître naturaliste et un formidable peintre des sentiments.

LE POINT

Les Plaisirs cachés de la vie, de Theodore Zeldin

Comment ne pas gâcher sa vie ? Comment acquérir le sens de l’humour ? À quoi bon travailler aussi dur ? À 81 ans, le sociologue historien et « explorateur » britannique, auteur d’une célèbre Histoire des passions françaises, offre une thérapie à la dépression contemporaine en cherchant des pistes de bonheur dans des existences aussi différentes que celles de Sergueï Eisenstein, Lucian Freud ou du baroudeur iranien Hajj Sayyah. Un manifeste érudit et gourmand pour un nouvel art de vivre.

LE POINT

Le ravissement des innocents, de Taiye Selasi
Premier roman d’une jeune romancière, qui donne l’impression d’être sorti de la bouche d’un griot centenaire à qui rien n’échappe des émotions de chaque âge, depuis le nourrisson qui s’agrippe à la vie du bout des doigts jusqu’à la grand-mère qui se dirige vers la mort, un papillon posé sur le pied. Une saga écrite avec une caméra mentale dont les mouvements, fluides ou saccadés, sont autant de respirations de secours. Ghana must go, traduit de l’anglais par Sylvie Schneiter. Ed. Gallimard.

TELERAMA

LE POINT

Le Royaume, d’Emmanuel Carrère
Entre péplum et exégèse, histoire biblique et autobiographie, un grand livre inclassable, ample, rocambolesque, érudit, foisonnant. L’événement incontestable de l’automne littéraire. Ed. P.O.L.

TELERAMA

LES INROCKS

LE POINT

SENS CRITIQUE

Lettres. Volume 1 (1929-1940), de Samuel Beckett
On aurait tort de croire que l’auteur de « Malone meurt » était un homme solitaire et taciturne. Nombreuses, intenses, profondes, ironiques, parfois formidablement triviales, ses lettres l’imposent comme un épistolier d’exception. Traduit de l’anglais par André Topia. Ed. Gallimard.

TELERAMA

Madame, de Jean-Marie Chevrier
Huis-clos poignant autour d’une châtelaine déchue, qui donne des cours particuliers à un garçon de 14 ans, inconscient de ses charmes, conscient de ses ignorances. Jean-Marie Chevrier a créé un univers féerique hors du temps, macabre et luminescent, version inversée de La Belle et la Bête, où l’emprisonnement devient délivrance. Ed. Albin Michel.

TELERAMA

Mauve, de Marie Desplechin
Troisième volet d’une série reine des cours de récré : après Verte et Pome, voici Mauve, la saga d’une famille de plus en plus élargie, construite sur une lignée de sorcières. Avec cette fois un vrai méchant, les Ténèbres descendues sur terre pour pourrir la vie des héroïnes. Les relations mères-filles, le harcèlement dans les classes, la mise à l’index d’une communauté ou comment rire et réfléchir en même temps. Ed. L’école des loisirs. Dès 9 ans.

TELERAMA

Ne reste que la violence, de Malcolm McKay
Ce troisième volume d’une trilogie qui fera date, met en scène un jeune tueur à gages décidé à raccrocher. Au grand dam de ses employeurs. Ne reste alors que la violence que l’auteur orchestre magnifiquement, d’une plume sèche et millimétrique. Traduit de l’anglais (Ecosse) par Fanchita Gonzalez Batlle. Ed. Liana Lévi.

TELERAMA

Pas pleurer, de Lydie Salvayre On l’avait un peu perdue de vue, elle est revenue en créant la surprise. D’abord avec un roman qui entrelace deux voix, celle de Bernanos, témoin de la guerre civile espagnole, et celle de sa propre mère, qui a tout oublié, autour d’une question essentielle : comment dire l’histoire quand on l’a vécue ? Enfin, parce qu’elle a reçu le prix Goncourt. Mérité.

LES INROCKS

Passer définir connecter infinir. Dialogue avec Philippe Roux, de Jean-Christophe Bailly
Entre poésie, philosophie et littérature, entre ville, théâtre et art, Jean-Christophe Bailly creuse un sillon des plus singuliers et des plus sensibles. Ce livre d’entretiens est une excellente introduction à son œuvre foisonnante. Et ouverte : « Le papillon est plus intéressant quand il vole que lorsqu’il est replié dans son coin », affirme l’auteur. Ed. Argol.

TELERAMA

Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, de Patrick Modiano
Sur l’enfance, le sentiment d’abandon, sur la mémoire et l’oubli, une nouvelle variation romanesque, rêveuse et bouleversante, parue quelques jours tout juste avant l’attribution du prix Nobel de littérature à l’écrivain. Ed. Gallimard.

TELERAMA

LES INROCKS

Réparer les vivants, de Maylis de Kerangal Simon Limbres, 17 ans, sombre dans un coma sans issue à la suite d’un accident de la route. Ses organes peuvent sauver une vie. Mais comment décide-t-on de donner le coeur de son enfant ? Et quel sera son trajet jusqu’à son receveur ? De l’angoisse douloureuse des parents à la chaîne inouïe des énergies en jeu au sein du corps médical, Maylis de Kerangal raconte tout, à 100 à l’heure, et c’est l’aventure de la vie même qui bat à chaque page. Couronné tout au long de l’année, ce roman stupéfiant marque le rendez-vous d’une écriture admirable avec son incroyable sujet.

LE POINT

SENS CRITIQUE

Si j’avais su…, de Stanley Cavell 
Les mémoires du grand philosophe juif américain Stanley Cavell, qui eut une première vie de musicien, avant de devenir spécialiste de Thoreau, Wittgenstein, Shakespeare, et de la comédie américaine… Passionnant. Ed. Cerf.

TELERAMA

Sigmund Freud en son temps et dans le nôtre, d’Elisabeth Roudinesco « Mon Sigismund a plus d’intelligence dans son petit doigt de pied que moi dans la tête », disait de lui son père, marchand de laine… Dans cette biographie-fleuve de Sigmund Freud, prix Décembre 2014, l’historienne de la psychanalyse Elisabeth Roudinesco corrige le tir entre une récente hystérie antifreudienne et une certaine orthodoxie psychanalytique, rétive à l’histoire et à la critique. Elle dresse la carte de cette « épopée des origines », avec « ses fables, ses mythes ». Ed. Seuil.

TELERAMA

Un très beau truc qui contient tout, de Neal Cassady
Pour les auteurs de la Beat generation, on croyait qu’il avait été un inspirateur, une muse. Le premier tome de sa correspondance révèle que Neal Cassady (1926-1968) était aussi un écrivain, des plus puissants et saisissants. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) et présenté par Fanny

TELERAMA

 

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